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Secteur de l’informatique : « L’air de rien », témoignage d’un salarié en grave souffrance

Témoignage de Martin, « racheté » par un grand groupe informatique…

Sans le savoir encore, il va plonger dans le grand bain et boire la tasse.

Il arrive l’air de rien sur son nouveau lieu de travail. On lui avait vanté les magnifiques locaux, la salle de sport, la conciergerie. En effet, l’entrée est magnifique, sobre, classe. Il passe les tourniquets avec son badge «visiteur » même s’il fait désormais partie de la même société, celle qui un mois plus tôt, a racheté la sienne.

Il traverse le couloir, l’air de rien, passe un deuxième tourniquet… rapidement car les employées poussent avec véhémence. Il ne faut pas traîner, le temps compte. Il sort dehors et rejoint son nouveau bâtiment. On dirait un bateau avec une jolie voile avant la tempête. Encore un tourniquet, puis un ascenseur. Il monte au 3e étage. C’est là que tout va commencer. Il entre dans l’espace : jolie moquette, machines à café, fontaine à eau, salle de réunions vitrée. Sympa, c’est coloré. L’alignement des casiers le surprend un peu, on se croirait à la piscine municipale. Sans le savoir encore, il va plonger dans le grand bain et boire la tasse.

Il faut montrer qu’il est heureux et que tout va bien dans ce grand groupe informatique…

Il longe un long couloir et arrive à l’open space. Il n’en avait jamais vu de pareil : combien de personnes ? Peut-être 50 voire plus ? La tête dans les écrans, un casque sur la tête.
Il salue sa nouvelle équipe. Une équipe qui ne l’a pas choisi qui a le pouvoir de son côté. Il faut faire profil bas, s’intégrer à la nouvelle culture, travailler double pour montrer qu’il est compétent. L’air de rien comme si une fusion était somme toute une simple formalité.
Et le temps passe et la douleur ne passe pas. Elle s’intensifie, elle s’accélère comme si elle allait l’emporter dans un ailleurs sombre. Mais l’air de rien, il faut montrer qu’il est heureux et que tout va bien. Il s’en persuade chaque matin et arrive, le sourire aux lèvres, la voix enjouée de revoir les collègues et de venir travailler pour son entreprise sans laquelle il ne serait rien : « happy face », « happy employee ». Il y croit mais au fond il se ment…

Il se ment…

Il se ment car il n’a finalement pas été si bien accueilli, il se ment car les outils informatiques n’ont pas fonctionné correctement et ont entravé la bonne marche de son travail à en devenir fou, il se ment car l’intégration est brutale. Il ne comprend plus à quoi sert de travailler. Il n’a plus de loisirs car il n’a plus l’envie.
La machine infernale est lancée : tourniquet, happy colleagues, call, slides, ping, meeting, email, cantine, call, slides, to do list, daily report, tourniquet, tram, maison : bang ! Il s’effondre et pleure comme un petit enfant. Le lendemain, c’est dans les toilettes du travail qu’il craque. Le surlendemain, c’est en réunion qu’il se sent très mal et cela se voit. Malgré le temps qui passe, malgré les efforts, malgré le bon travail, il a le sentiment qu’il restera toujours « l’issu de la fusion » aux yeux de ses collègues.

On lui dit qu’il est inquiétant, qu’il fait peur aux autres, qu’il ne sait pas gérer son stress, qu’il est sensible. Il faut qu’il fasse la formation «bien travailler avec ses collègues », urgemment. Mais qui a pensé à lui demander ce qui n’allait pas au fond ? Personne, il faut faire la formation. Et puis, si on le lui avait demandé, qu’aurait-il pu répondre ? Manque de respect ? Pas de bonjour alors qu’on parle « bien- être au travail » ? Management intrusif ? Faux esprit collectif ? Manipulation, perversité en toute impunité ? On lui dit que s’il n’est pas débordé, ce n’est pas normal ? Impossible…

Il a peur… sa santé en prend un coup : il se met à fumer alors qu’il n’avait jamais touché à une cigarette de sa vie.

La déprime le gagne. Il se met à fumer alors qu’il n’avait jamais touché à une cigarette de sa vie. Il se retrouve à l’infirmerie car il a été humilié et n’ose pas en parler. Tout ce qu’il trouve à dire c’est que cela ne va plus très bien avec son épouse. c’est la vérité… oui mais pas la bonne à dire… quelle erreur ! Alors il culpabilise, ne dort plus, perd confiance en lui, dans les autres… Il ne se sent plus rien, ne rêve plus, ne rit plus ou pour de faux. L’étau se resserre, la fenêtre du 10ème étage de son appartement se rapproche. Il se surprend à regarder en bas.

Comment faire pour échapper à tout cela ? Certainement pas en en parlant à la DRH, ni même au médecin travail. Il n’a pas confiance, il ne veut pas, il ne peut pas. Il a peur.

Sortir de là !

Alors, il y a les médicaments, mais cela ne lui suffit plus. Un jour, il frappe à la porte de la Maison du Travail : « Au secours » !
Et là ça va un peu mieux. Il n’est pas fou, Il n’est pas responsable de tout ce qui lui arrive. Alors commence un long travail personnel pour que, enfin, un jour, cela cesse…

Martin, qui « travaille » dans une boîte dans le secteur de la « méga informatique », après une fusion épouvantable pour les salariés « rachetés ».

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