Témoignage souffrance au travail

Témoignage d’un cadre financier dans un grand groupe bancaire « socialement responsable »

Témoignage de Gabrielle L., cadre financier dans un grand groupe bancaire « socialement responsable »

En état de survie depuis 15 ans.  Instabilité des organigrammes, restructurations, équipes brisées, turn over, déménagements incessants, changement permanent de directives, de « valeurs d’entreprise », de métier, de bureau. Surcharge et absence de perspectives. Collègues épuisés et déprimés. Tout le monde se sent mal et s’interroge: « mais quelle voie faut-il donc prendre pour atteindre un jour une hypothétique retraite en ayant sauté les cases burn out, cancer, divorce ou AVC ? » ?

Tous ?

Ah mais non ! Autant pour moi, j’oubliais les quelques uns qui vont bien, même très bien. Oui, j’oubliais la caste supérieure, ces cadres cooptés qui se partagent avec excitation la récolte, flambant des sommes gigantesques, villas au Vésinet, à Megève, à Bodrum, à l’île de Ré, comptes en banque gonflés, rolex et balnéos. Un peu banal mais l’emploi du temps et l’excitation empêchent un shopping éclairé.

A mêmes compétences, mêmes diplômes, mêmes talents, si l’on est un tant soit peu scrupuleux et sensible, on part avec un lourd handicap. Insurmontable même. Il  vous fait basculer directement dans la caste inférieure.  Poussé alors en open-space, le vulgus cadrus, tente sa survie au milieu des autres manants. Tel un poulet en batterie, il est empêché de s’exprimer, d’agir, soumis aux exigences, aux procédures, dans le bruit, le manque d’espace, le manque d’intimité. A la fin du mois exténué, déprimé, il ouvre sa fiche de paie et, dépité mais soumis, accepte de picorer quelques miettes qu’on lui laisse.

Le vugus cadrus est-il responsable de sa loose ?

Oui, il a fauté. Il a cherché à voir grandir ses enfants, à être cultivé, à avoir des amis, à avoir des envies. Mais il a aussi été grandement poussé vers sa déchéance par une stratégie d’entreprise inhumaine, impitoyable, basée sur la rentabilité, la productivité, la réactivité, l’efficacité. Stratégie fondée sur la croyance en l’optimisation néo-taylorienne du secteur tertiaire, sans aucune analyse philosophique, psychologique, éthique. Croyance couplée avec l’idée malsaine d’inciter les gens à la surperformance par l’instauration d’une compétition forcenée. Au cœur du réacteur : le système des bonus, compléments de rémunération, dits « variables » car sans règle.

Résultat ? Une pression délirante.

Conséquences ? D’horribles suicides. Ces derniers temps, ce sont des mamans, professionnelles parfaites et appréciées mais forcément saturées. Suicides vite étouffés. Seuls les collègues proches sont avertis, l’étage du dessus ignore. Les médias ne savent rien car les familles intimidées, soudoyées par des gros sous, abandonnent leurs plaintes. Le médecin du travail pleure d’impuissance. L’inspecteur du travail trop curieux est évincé, soumis à une mutation administrative brutale.

Oui, le boss est fort, le boss est très fort, le boss a le bras long. Le boss a des amis, le boss a son « petit réseau ». Pourtant à l’époque, ses copains d’école s’en souviennent,  il était un peu potache et pas très bon camarade. Qu’importe ! Maintenant on s’entraide, entre hommes de pouvoir et tout devient permis. Pour se féliciter de son bon travail, le boss s’auto attribue un bonus de 2 millions d’euros. Les actionnaires acquiescent. Personne ne s’émeut. Pourtant, depuis quelques mois au moins 6 enfants ont perdu leur maman…

La campagne contre la souffrance au travail continue. J-7 avant la fin. Grâce à vous, nous avons collecté 2280 euros. Nous pouvons encore nous mobiliser ! Nous avons besoin de votre soutien.

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