Faut-il crever pour que des yeux s’ouvrent, pour que des stylos soient dégainés, des poings dressés, des lois votées ?
Faut-il se bourrer d’anti-dépresseurs ?
Faut-il arrêter de sourire, rire… vivre ?
Entre la libération d’être sorti de l’enfer et l’entrée dans l’enfer du silence social, que reste-t-il ?

Un état des lieux.
Une maison d’édition. Un poste. Éditeur. Des années. Dix. Ne pas se plaindre. Jamais. Devant ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui sont moins bien payés, ceux qui n’ont pas d’emploi stable. Tous ceux qui… Ne pas se plaindre. Face aux autres souffrances, visibles, injustes, terribles. Face au monde. Dans ce monde privilégié qu’est l’Occident, comment oser parler de « ça » sans culpabilité ?

La peur de la « toute-puissance » d’un patron qui applique SA loi.

Ça. Le harcèlement moral. Deux mots qui font peur. Deux mots qui ramènent à l’intime. Deux mots qui en sont cent.

La peur.
La peur de la « toute-puissance » d’un patron qui applique sa loi. Qui broie ses employés sans états d’âme. Qui les humilie. Les dénigre. Qui a plus de considération pour son chien que pour eux.

L’angoisse.
L’angoisse de perdre son emploi, de LA faute qu’il trouvera… forcément. L’angoisse de mal faire, de ne pas être à la hauteur.

La honte.
La honte de plier, d’être infantilisé, d’accepter l’inacceptable.

La fuite.
La fuite pour oublier. Quels que soient les moyens.

La perte.
La perte de soi, de ses valeurs, de ses croyances. Jusqu’à l’anesthésie. L’anesthésie de l’esprit. Vide. Du vide au rien. Je ne suis plus rien.

Puis, un jour, il y a un mot qui surgit. Sans son. C’est le corps qui le libère. La machine craque, s’encrasse, s’enraille, déraille… et il est là.

Se battre.

Les arrêts maladie s’enchaînent, puisque le corps, visible, ne suit plus. Ne peut plus. Alors que c’est l’esprit qui, enterré, anesthésié, maltraité, prend, dans un baroud d’honneur, une ultime respiration. Cette respiration qui lui permet d’en prendre d’autres et de réapprendre à…

Se battre.
Une évidence. Malgré l’épuisement. Mais cette bataille-là est d’une toute autre nature que la précédente. Puisqu’elle pointe du doigt le harceleur, elle lui déclare la guerre. Ouvertement. Elle décuple sa violence et celle de ceux qui le protègent par leur silence.

C’est là que tout commence…

Nicolas, 45 ans
Éditeur

1 réponse
  1. AL
    AL says:

    Bonjour,

    Tout à fait dans le consensus, devenir un guerrier pour s’en sortir ou du moins atténuer les effets. Ne plus avoir peur, croire en soi, conserver l’estime de soi tels sont les maître mots que nous devons retenir et qui doivent être notre fl conducteur.
    Car être ou ne pas être…
    Cesser avec l’impunité, lutter pour une ré-humanisation du travail, pour un management humain ou du moins qui s’en rapproche alors qu’aujourd’hui il s’en éloigne. Lutter pour une prise de conscience générale afin que le nombre de ceux qui se taisent et laissent faire diminue.

    Répondre

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *