Témoignage de salariée sur la souffrance au travailSolidarité au travail. En jachère pour mieux se reconstruire ?

Hier le monde de la mine, de l’industrialisation, de la pénibilité physique au travail avec peu de temps pour profiter de ses proches, des loisirs, de soi.

Et pourtant…

Il existait une donnée  fondamentale : la Solidarité dans le travail, dans les équipes. Elle pourvoyait aux manques de plusieurs natures, notamment ceux de l’argent et de la santé.

Aujourd’hui nous travaillons dans un monde dit évolué qui va vite dans lequel le secteur tertiaire a pris toute sa place.

Nous sommes nombreux à travailler pour produire des services derrière un bureau au milieu d’un open space (ceci à titre d’exemple, d’expérience, de témoignages de proches ou de collègues).

Même au sein du secteur de l’Économie Sociale et Solidaire, dans lequel mon parcours professionnel s’inscrit, nous devons produire, rendre des comptes et nos valeurs s’éloignent souvent au profit d’un chiffre d’affaires.

Au quotidien cela modifie nos profils, nous nous levons en ayant de plus en plus de mal à nous reconnaître dans la glace, à prendre les transports en commun pour rencontrer nos semblables car le miroir tendu est fréquemment celui d’une fatigue physique, morale, psychique sur le chemin du travail…

Nous avons eu des diplômes, ou pas, pour partir en quête d’une vie épanouie de salarié dont la valeur travail nous apporterait, au-delà d’une autonomie financière, une embellie de créativité et de joie du travail « bienfait » pour notre évolution individuelle et collective.

Nous ne partions pas forcément utopiques mais simplement enthousiastes !

Mais la réalité est souvent autre…

Avec en point d’orgue des responsables de services qui nous divisent et font régner la terreur. Eux-mêmes étant sous pression par effet pyramidal. Des dirigeants qui, lorsqu’ils ne tirent pas les ficelles, laissent faire la « nature inhumaine » du loup dans la bergerie qu’est l’open space.

Les moutons y paissent une herbe de moins en moins verte. Chacun essaye de conserver son petit carré mais à quel prix… Dans cet univers il existe parfois une brebis qui tente encore d’émettre des sons et que l’on essaye de faire taire. Devenue par la force des choses brebis galeuse, elle va souffrir jusqu’au bout.

Tenter la Solidarité? Peine perdue.

Ça ne marche pas. Trop de peurs à combattre. Les collègues s’indiffèrent, tout du moins en apparence, ou deviennent bourreaux à leur tour.

Comment le travail des anciens a-t-il été réduit en miettes? Qu’est devenu le temps où le mineur blessé s’appuyait sur l’épaule de ses collègues pour revenir à la surface? Image d’Épinal? On nous aurait menti?

Ceci est mon ressenti et fonde mes questionnements de femme naît dans la seconde moitié du 20ème siècle sans aucune qualité d’historienne du travail ou de professionnelle de la santé, de la sociologie, de la psychologie. Juste une salariée qui s’interroge.

Ceci renvoie à mon « vécu de l’intérieur ». Des années de souffrance au travail, « d’infertilité de Solidarité ».

J’espère profondément qu’il existe des solutions pour y mettre fin.

Que des hommes et des femmes de bonne volonté puissent à nouveau fertiliser la terre de l’entreprise et redonner de la noblesse et du sens au travail.

C’est pour cela que je crois en l’initiative et l’existence viable d’une association telle que « 23 Millions de Salariés », Groupement d’Intérêt Humain pour la Santé au Travail, par les salariés, pour les salariés.

Sans barrière hiérarchique ou idéologique, une femme, un homme, une voix, une parole à échanger, à porter.

Le silence est un poison violent dans nos entreprises. Le briser ensemble en s’écoutant est une force. Unir nos individualités au sein d’un collectif est une arme de reconstruction massive.

Ainsi le salarié en souffrance trouvera plus aisément la sortie du tunnel et sèmera avec d’autres les graines d’une nouvelle Solidarité.

Pascale V.

25 novembre 2015

 

 

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